M E S U R E S
A N C I E N N E S

Dans l'évolution des sociétés, la sédentarisation, l'augmentation des contacts et des échanges commerciaux entre différents groupes humains avaient provoqué le besoin d'établir un système de mesures communes.

Au début, on utilisait les parties du corps humain : le doigt, la paume, le pied, le coude pour les petites longueurs. Pour les plus grandes le pas convenait comme mesure quasi-universelle. Mais pour obtenir davantage de précision on inventa des unités basées sur des objets réels comme la perche ou la corde. Pour évaluer le volume des liquides et des produits secs on se servait des récipients d'usage quotidien, sans doute, au commencement de la sédentarisation, de pots en argile ou en bois.

Les mesures agraires étaient basées sur le travail : le champ labouré par un homme pendant une durée précise de travail (journée, demi-journée, mois lunaire).

A l'époque historique, avec la civilisation, la normalisation des mesures est devenue une nécessité. Chaque région établissait son propre système des mesures, lequel avait des divisions souvent irrégulières sur les unités plus petites. Exemples : une perche pouvait valoir 3 toises 1/3 ; un boisseau 31 pintes + 1 chopine ! L'aune de François 1er, fixée en 1540 ,comprenait 3 pieds + 7 pouces + 8 lignes !

Souvent, les noms des mesures étaient différents dans chaque région, et leurs valeurs aussi. Par exemple, pour les capacités, la méthode dépendait du produit ; pour mesurer certains grains le récipient était comble, pour les autres seulement ras. Pour les grands volumes de liquide, la barrique n'était pas la même : en Pologne, un tonneau de bière était trois fois plus grand qu'un tonneau d'hydromel. La mesure n'avait pas la même division pour des produits différents : en France un minot d'avoine contenait 6 boisseaux, pour le blé seulement 3, et 4 boisseaux pour le sel. Souvent, la mesure était définie par le volume de grains nécessaires pour semer un champ d'une certaine surface. Ce qui provoquait de l'imprécision et de l'instabilité, car la mesure dépendait du rendement de la terre.

A la suite de changements historiques des frontières des provinces, des guerres, des donations princières et de l'émergement de nouveaux pays, il arrivait que deux villages ou villes voisines utilisent des systèmes de mesure différents.

Des essais d'égalisation furent entrepris plusieurs fois. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle où un système métrique universel fut inventé par les savants français et rendu obligatoire en France, avant de s'étendre, au siècle suivant, aux autres pays. L'unité de longueur a ainsi été définie : un mètre, égal à la millionième partie d'un quart de méridien (actuellement c'est la distance que la lumière parcourt dans le vide pendant 1/299 792 488 de seconde.)

En France, déjà Charlemagne, en 789, effectua la première tentative d'uniformisation des mesures. Puis Charles le chauve en 864. Malgré ces édits, on continua d'utiliser des mesures locales. Les rois successifs avaient repris ces tentatives et les Etats Généraux demandèrent plusieurs fois, aux XVIe et XVIIe siècles, la généralisation des unités de mesures. Au XVIe siècle, l'édit royal instaurait l'aune de Paris comme mesure obligatoire pour tout commerce de tissu.

Sous Louis XIV, en 1666, Colbert fondait une commission de scientifiques pour travailler sur le projet de mesures communes.

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, la multitude de différents systèmes de mesure rend leur usage si compliqué que la régularisation devient nécessaire : « un seul poids, une seule mesure, une seule coutume » demandaient les cahiers de doléances en 1789.

Sous l'égide de Talleyrand, en 1790, la commission de l'Académie des sciences, travaillant sur un projet de nouveau système, propose l'abolition des anciennes mesures et choisit le système basé sur la division décimale avec le mètre comme unité de longueur, le kilogramme pour le poids, le litre pour les capacités

Malgré la suspension temporaire des travaux, le système métrique est adopté en 1795 ; et les mesures de l'Ancien Régime sont interdites.

En Pologne le roi Wladyslaw Jagiello avait été le premier à instaurer en 1420 certaines mesures obligatoires.

Au XVIe siècle, le parlement entreprit l'action d'uniformiser partiellement certaines mesures dans quelques provinces. Chaque mairie était tenue de posséder les étalons des mesures et devait les présenter sur demande.

En 1774 le décret désigna comme mesures obligatoires celles du système en vigueur dans la région de Varsovie. Mais elles ne furent pas effectivement adoptées dans tout le pays.

Pendant la période du partage du royaume de Pologne par les trois envahisseurs (Russie, Prusse et Autriche), dans chaque partie du territoire étaient officielles les mesures du pays gouvernant, mais la population utilisait aussi, par l'habitude, l'ancien système.

En retrouvant l'indépendance, le gouvernement polonais a introduit en 1919 le système métrique.

Depuis 1966 le pays adhère au système international (SI).

En Grande Bretagne, une loi publiée en 1824 instaure des mesures de capacités communes dans les trois royaumes (Angleterre, Ecosse, Galles) basée sur le gallon divisé en 10 pounds. Malgré l'adhésion du Royaume Uni au système métrique international en 1971, les anciennes unités (yard, mile, gallon, pound, inch, foot, stone) sont toujours d'usage courant.

En Allemagne, le morcellement du territoire conduisit à la multiplicité des systèmes de mesure. Dans chaque province, on usait d'unités portant souvent le même nom mais de valeurs différentes. En 1858, la Prusse régularise partiellement un nouveau système, puis totalement en adoptant le système métrique en 1872. D'autres provinces l'imitent à peu près à la même époque.